Des objets… une histoire

Société batterie canons
lourds automobile 1

Philippe Coet – Septembre 2025

Le musée a récemment acquis le drapeau de la Société bttr can ld auto 1. Cet objet témoigne du foisonnement de sociétés et d’associations militaires dans la première moitié du XXe siècle. Expression d’une sociabilité « en uniforme » très développée, ces amicales rassemblent les soldats, ou du moins une partie d’entre eux, d’unités généralement petites : compagnies, batteries, escadrilles, éventuellement bataillons. Elles complètent et forment avec les organisations faîtières – officiers, sous-officiers, armes diverses – un tissu associatif très dense.

Sauvegarder et documenter la mémoire de ces associations fait partie des missions du Musée militaire genevois. Rappelons ici que le musée possède déjà et expose le drapeau de l’Affût, amicale des batteries 16 et 158.

Création et activités

L’assemblée constitutive de la Société bttr can ld auto 1 se réunit début juin 1934 (année qui figure sur le drapeau). Un comité est élu, présidé par Henri Morel, et un local officiel choisi, soit le café de la Poste, rue du Stand. La première assemblée régulière est fixée au 14 juin déjà : « Le comité espère que tous ceux qui n’ont pas encore répondu à son appel se feront un devoir d’assister à cette assemblée, qui sera en même temps une réunion amicale où chacun sera heureux de se retrouver avec ses camarades de service ». En février 1935, au moment de son assemblée annuelle, la société compte une centaine de membres sur environ 200 hommes incorporés dans l’unité (1)

Outre des réunions mensuelles au local, la société participe aux grandes manifestations patriotiques annuelles telles que le défilé du 1er août ou Mon Repos en novembre. Elle organise un concours dans le cadre des tirs obligatoires, sous l’égide de Pro Helvetia au stand de Bernex, avec pour récompenses des challenges offerts par les officiers de la batterie. Elle anime certaines de ses réunions avec des conférences : ainsi le 16 mai 1936, le capitaine et commandant de la batterie Wilhelm Belser donne une conférence suivie de la projection du film « Notre artillerie » ; le 11 mars 1937, c’est le capitaine-médecin René Mach qui aborde le sujet de la tuberculose. (2)

La société organise aussi des bals et, bien entendu, fête chaque année Sainte-Barbe. 70 membres sont présents en décembre 1934, une soixantaine l’année suivante et l’on dénombre plus de 80 couverts en 1936. Ces banquets en l’honneur de la patronne des artilleurs sont l’occasion de remettre les challenges de tir et comportent une partie récréative (en 1935, les participants peuvent apprécier « d’impayables vaudoiseries », ce qui est de bonne guerre dans une unité presqu’entièrement genevoise).

A noter que l’idée d’un fonds d’entr’aide est évoquée lors de la Sainte-Barbe de 1934, fonds qu’une « tombola américaine richement dotée » doit alimenter lors du bal du 9 février 1935. (3).

Un drapeau

Toute association ou amicale qui se respecte, et pas seulement les militaires, se doit de posséder une bannière, un drapeau ou au moins un fanion. La société de la bttr 1 ne fait pas exception.

Le 11 juin 1936, le comité présente son projet lors d’une séance au local. Au mois de janvier suivant, les membres sont informés de la date de la cérémonie d’inauguration, qui sera suivie d’une tombola en faveur du fonds d’entr’aide. C’est le 6 février 1937, dans la salle des Vieux-Grenadiers, qu’a lieu la remise du drapeau qu’un comité de dames a offert à la société : « Les porteurs des drapeaux des diverses sociétés amies font leur entrée dans la salle de bal et viennent se placer devant le podium. Mme Belser, marraine du nouvel emblème, remet avec émotion le drapeau à la société, aux acclamations de toute l’assistance ». Pour rappel, le capitaine Belser commande alors la batterie.

Quant au parrain, il s’agit du colonel J. Schwarz, commandant de la garnison de Saint-Maurice. Ce dernier, « prenant pour thème les mots brodés sur l’emblème : « Batterie, Famille, Amitié », formule le vœu que sous les plis du drapeau, dans le civil comme au militaire, les canonniers cultivent l’esprit d’amitié et de sacrifice ». On relève ce soir-là la présence du Conseiller d’Etat Paul Balmer qui remplace son collègue en charge du département militaire, Albert Picot.

Et comme tout le monde se connaît et se reconnaît dans les sociétés militaires, la Bttr 1 est à son tour marraine, avec les sous-officiers, de la nouvelle bannière de l’Association genevoise des cyclistes militaires. Lors de sa présentation fin octobre 1937, les drapeaux des deux marraines l’encadrent avec une garde d’honneur. (4)

Une nouvelle faîtière

Lors de la Sainte-Barbe célébrée par la Bttr 1 en décembre 1936, « le vœu fut émis par plusieurs délégués que soit constituée à Genève (à l’instar de ce qui se fait dans d’autres cantons) une fédération des Amicales d’artillerie ; nous sommes certains que l’idée fera son chemin et que nous verrons bientôt se constituer cet organisme central de tous les artilleurs ». Dans la foulée, la société de la bttr 1 prend l’initiative en mai 1937 de réunir toutes les associations sœurs. Et c’est ainsi qu’est créée l’Association genevoise des sociétés d’artillerie, qui regroupe les Vieux-Artilleurs, le Filon (bttr 73-74), l’Affût (bttr 16), la Tr’rese (bttr 13), la bttr can ld auto 1, la Société romande des observateurs d’artillerie, l’Association genevoise des artilleurs de montagne et la Société des troupes de forteresse de la Suisse romande. On retrouve Henri Morel à la tête de cette nouvelle faîtière.

« Le comité invite instamment tous les incorporés dans l’artillerie à adhérer à la société de leur unité ou à la Société des Vieux-Artilleurs qui groupe tous les artilleurs ».

Si l’on en croit le Journal de Genève, cette association réunit plus de 1’100 membres en automne 1937. (5)

De batterie automobile à batterie motorisée

La société n’a que peu d’années d’existence et l’inauguration de son drapeau ne remonte qu’à quelques mois, lorsqu’elle est confrontée à une décision qui lui échappe complètement.

La réorganisation de l’armée transforme dès 1938 la batterie automobile 1 en batterie motorisée 126. La société ne peut que prendre acte de cette modification et décide simplement d’adapter son nom.

Comme l’indique la Tribune de Genève en février 1938, « la « Batterie canons lourds auto 1 » (…) a vécu, à cause de la réorganisation militaire, mais elle a été remplacée par la batterie motorisée 126 et ce simple changement d’incorporation n’a en rien modifié l’excellent esprit qui a de tout temps régné à l’amicale en question ». (6)

Henri Morel reste président et la société poursuit ses activités habituelles : bals annuels au profit du fonds d’entr’aide, défilés lors de cérémonies telles que Mon Repos, ou encore participation, en juin 1938, aux journées de l’artillerie à Lausanne. Un film tourné au Brassus pendant le dernier cours de répétition est présenté aux membres en février 1938. Pendant la guerre, la société organise régulièrement un arbre de Noël pour les « enfants de nos soldats ». En décembre 1943, c’est l’occasion de projeter un dessin animé intitulé « Canonniers, à vos pièces ! ». (7)

En 1949, la « fameuse 126 » apparaît encore dans un reportage de la Tribune de Genève (8). La batterie est toujours présentée comme une unité genevoise, même si la roulante qui régale le journaliste Ernest Naef a pour chef de cuisine un Vaudois.

Quant au drapeau, il n’a pas été modifié, par exemple en y ajoutant la mention « bttr mot 126 ». La société a manifestement continué à l’utiliser tel quel, jusqu’à une date qui nous reste inconnue.

Notes

(1) Tribune de Genève, 10-11 juin (citation) et 11 septembre 1934, 2 février 1935.
(2) Voir par exemple Journal de Genève des 31 juillet 1934 et 7 juillet 1937 (1er août). Courrier de Genève des 10 novembre 1934 et 6 novembre 1937 (Mon Repos). Tribune de Genève des 27 avril 1935 et 25 novembre 1936, et Journal de Genève du 7 juillet 1937 (tir). Tribune de Genève des 9 et 16 mai 1936 et Journal de Genève du 10 mars 1937 (conférences).
(3) Tribune de Genève, 8 décembre 1934 et 10 décembre 1935. Courrier de Genève, 7 décembre 1936. Tribune de Genève, 2 février 1935.
(4) Journal de Genève, 10 juin 1936, 3 janvier et 9 février 1937 (citations). Tribune de Genève, 2 novembre 1937.
(5) Courrier de Genève, 7 décembre 1936 (citation). Journal de Genève, 5 mai, 28 juillet et 13 octobre 1937 (citation).
(6) Tribune de Genève, 30 septembre 1937 et 8 février 1938 (citation). Journal de Genève, 1er février 1938.
(7) Tribune de Genève, 21 juin 1938. Courrier de Genève, 20 novembre 1939. Journal de Genève, 11 février 1938, 7 décembre 1940, 21 novembre 1941 et 21 décembre 1943. Il serait fort intéressant de retrouver les différents films projetés par la société, notamment le dessin animé…
(8) 1er avril 1949, « Dernier coup d’œil à nos artilleurs ».

Description
Drapeau : 111 cm (hauteur) par 106 cm (largeur). Les deux faces sont identiques.
Pointe : 24,5 cm.
Mât : en deux parties, 137 cm (sans la pointe) et 134 cm. Les deux éléments se vissent.